LA FRANCE VA MAL
LA FRANCE VA MAL
Le cliquetis de la canne de Jeanne résonnait sur le carrelage nouvellement rénové de la grande cuisine de la demeure de Jean-Charles de Nille, dit Trousseville.
Ce titre pompeux fut hérité par son ancêtre Charles du Sautoir, lors d’une chasse aux gueux, suite au sauvetage de la petite châtelaine du comté, la belle Isabelle de Nille qui se mit en danger en voulant voir de trop près, la populace en plein moissonnage, ah la bonne farce.
L’honneur rentra dans la demeure avec quelques rancœurs que l’arbre aux pendus traversant les âges illustrait présentement. L’imagerie populaire s’enrichit de quelques dessins fortement suggestifs vendus sous le manteau.
Des tas d’histoires salaces circulaient aussi au dessus du manteau et les langues de commères répandaient de vilaines affaires : ainsi donc le comte aurait grande descendance qui logerait dans quels hospices de la région. C’est ainsi que son surnom de Troussenille fut changé en Trousseville !
Le vieux château fut transformé en demeure bourgeoise pour échapper aux impôts mais restait fort beau au demeurant. Dame Nille n’eut qu’un enfant car toute sa descendance ne survécu pas au delà de ses deux ans, elle en était fort contrariée et en mourut de chagrin. Le vieux comte à la réputation sulfureuse, était en fait, fort épris de son épouse et ne se consolant pas de son décès, se jeta dans l’étang.
Un ordre nouveau souffla dans la place. Un esprit malsain vivait en ces murs obscurs dont le deuil n’était qu’illusion de fanfaron qui se mit à dilapider la fortune de sa noble maman.
« Vous m’appellerez maître Jean et vous serez mes Jeanne ! Silence au travail » ordonna-t-il à ses servantes. Tout ce qui passait son son nez était immédiatement consommé, il faisait vivre ainsi Trousseville et se vengeait du surnom donné à son père.
Maître Jean ne trouva point chaussure à son pied et n’en n’avait cure préférant le bruit des galoches tombant sur le sol, lors de ses chasses inopinées. C’est ainsi qu’il s’attacha les services de Jeanne la Bossarde, achetée quelques écus ; une jeune fille fortement bossue, maltraitée par les méchancetés quotidiennes des villageois, qu’il installa au château, et qui s’avéra sous sa crasse, d’une beauté fulgurante ! Mais aucun amour ne nait pas sous les chaînes d’un bourreau.
Une fille naquit de cette promiscuité non désirée, plus belle que toutes les fées de l’humanité ! Un murmure traversa le silence du moment FRANCE !
Le temps passa sans accommodement que le labeur et la sueur au fronton du château. Vie de chagrin vie de labeur ne rendent pas l’âme meilleure ! La belle étoile de compassion habite le cœur de Jeanne depuis toujours car dans sa vie, sa triste vie de petite fille bossue, sa grand-mère lui chantait qu’elle l’aimait, qu’elle l’aimerait toute sa vie, qui hélas fut très courte. C’est de l’amour que nait l’amour ! Dans le cœur de Jeanne une chanson réchauffe son âme dans ce château lugubre.
Jeanne, Jeanne la Gaillarde, Jeanne la Bossarde, marche en boitillant avec le thé de monsieur le comte, bien bouillant sur un plateau d’argent ! « Ah ma chère je ne sais pas comment vous faites mais j’apprécie que mon thé soit toujours bien chaud quand vous me l’apportez du fond de votre félicité ».
Jeanne, fière, acquiesce d’un hochement de tête et remercie dans un murmure son maître ! Jeanne se dit en son fort intérieur : « Parle pour toi ! ».
Monsieur le comte aimait la douce chaleur de la cuisine et de ses bonnes odeurs qui lui indiquaient que Jeanne avait les mains dans la farine. Ni une ni deux, il accourait goûter aux joies que lui offrait le spectacle de cette belle, jeune, pâtissière, la croupe en arrière, puis ni vu ni connu plus rapide que l’éclair, il festoyait dans ses chères dentelles puis repartait sa félicité bien visitée !
Jeanne était une enfant, elle se confessa et pleura beaucoup surtout quand son ventre devint plus gros que sa croupe. Il fallut quitter le château avec quelques trempes bien dosées car sa mère, laveuse, de son état, lui fit passer le goût de la gaudriole à coup de battoir lui brisant même une jambe !
Pauvre petite fille qui ne savait rien de la vie de ses sens et de ses non-sens ! Une fois, l’enfant née, Jeanne revint au château, le maître n’était point homme à laisser trainer ses affaires. On fit grandir l’enfant dans un hospice que les maigres économies de la maman lui permirent d’apprendre à lire et à écrire.
Le temps passa le comte décida un jour qu’il allait rénover sa vie et comme le tonnerre, l’ordre tomba et fit très mal : « J’ai appris que tu vois encore ta fille et qu’en plus elle est fort belle ! Je veux la voir, et si elle me convient, elle te remplacera en tous points et gare aux miens ! Tes regards de reproches m’indisposent ! ».
Jeanne implora dit que sa fille était souffrante ! « AH LA FRANCE VA MAL ! » et il riait riait riait !
Jeanne était désemparée, elle voyait son enfant subir les coups de ce vieux fou ! Son sang bouillonna, sa tête chavira, et quand il la secoua hurlant d’aller la chercher, elle courut prendre ses affaires, dans la remise où maintenant elle dormait, parce qu’elle était une marchandise usée. Elle entendit le fouet claqué, il approchait vociférant ses exigences : « Ah ah la France est malade de toutes vos outrances tas de chiennes puantes ! La France n’est pas pour vous les gueux comment as-tu osé l’appeler France vieille folle ? ».
Sur le seuil de la porte une silhouette apparaît grande majestueuse une voix gronde : « la France n’est certainement pas ta propriété ! Viens maman, je suis venue te chercher, j’ai une embauche pour toi dans une pâtisserie ! ». Le vieux comte lance le fouet sur la jeune fille qui le retient le bloque et tire le comte à elle : « N’oublie jamais ça quand la France va mal la révolte n’est pas loin, tiens toi le pour dit ! ».
Le comte sur le cul vit partir les deux femmes sans mot vomir ! C’était fort de, allez de camembert !





