Le livre de Manuel Boucher « La gauche et la race »
Pris sur Laïcité 30 FB
Le livre de Manuel Boucher « La gauche et la race » est paru en 2018.
Il est d’une facture assez singulière : très documenté, il ne rechigne pas à reprendre in extenso des appels, des manifestes et des textes de la mouvance décoloniale, y compris les listes de leurs signataires, fort instructives. Il constitue déjà de ce point de vue une source de renseignements et d’informations d’une grande utilité.
L’auteur se revendique aussi de la gauche et même d’une gauche radicale, ayant longtemps appartenu à la mouvance « antifa ».
Manuel Boucher décrit ainsi comment ces mouvements « participent à la coproduction de la racisation des rapports sociaux (…) et plébiscitent, à l’instar des élites libérales qui louent la diversité pour dépolitiser la question sociale, le multiculturalisme américain ». Revenant en détail sur la multiplication des camps « racisés » et autres réunions syndicales ou associatives triant leurs participants à l’aune de la pigmentation de leur peau, le sociologue s’interroge : « Comment est-il possible qu’une partie de la gauche accepte, voire reprenne à son compte un vocabulaire racialiste, raciste et culturaliste, celui de la distinction entre « Blancs », « Noirs », et « Musulmans » contraire aux idées humanistes et universalistes au cœur des combats de la gauche ? ».
L’auteur décrit aussi les connexions qui s’établissent entre divers mouvements, courants, associations, syndicats et partis politiques avec des compagnons de route plus ou moins ouvertement conquis par cette idéologie racialiste. A côté du Parti des indigènes de la République (PIR), du Conseil représentatif des associations noires (CRAN), de la vedette médiatique Rokhaya Diallo et d’une galaxie d’innombrables petites structures gravitent le NPA de Besancenot, une partie des Insoumis autour des figures de Danièle Obono ou Clémentine Autain, une fraction des Verts étant aussi partie prenante de ces conceptions sans parler de médias sympathisants comme le Bondy Blog, Mediapart ou Politis. Sud-Education et l’UNEF sont des structures syndicales désormais acquises à la cause. Les relations sont aussi patentes avec les courants intégristes musulmans et les associations qui promeuvent le concept d’islamophobie, destiné à empêcher toute critique de l’islam et à promouvoir le rétablissement du délit de blasphème. Indiscutablement, le PIR apparait comme le moteur idéologique de cette contamination des idées racialistes à gauche.
Né en 2005, se définissant comme « anti-impérialiste et antisioniste », ce mouvement animé notamment par Houria Bouteldja, est selon le sociologue « un acteur politique radical antirépublicain » souhaitant construire une « civilisation nouvelle » grâce à la « vitalité indigène ». En moins de 15 ans, il a réussi à conquérir des fractions croissantes de la gauche : « Les organisations de gauche sont sommées par les activistes décoloniaux de passer de l’antiracisme universaliste vers « l’antiracisme décolonial » sous peine d’accusation de soutien au « racisme structurel d’Etat ».
La notion d’intersectionnalité est aussi convoquée, qui a déjà provoqué un certain nombre d’effets dans les mouvances féministes et même au sein du Mouvement des jeunes socialistes (MJS). Manuel Boucher démontre avec force arguments comment cette idéologie relève d’une lecture réactionnaire des rapports humains, que ne désavoueraient sans doute pas les tenants de la Nouvelle droite. Il en appelle à la gauche dans son ensemble : « Aucune alliance avec les organisations et mouvements qui prônent des idées et mettent en œuvre des pratiques de division raciale et culturelle ».
La gauche et la race place toute la gauche face à ses responsabilités.
Manuel Boucher, La gauche et la race. Réflexions sur les marches de la dignité et les antimouvements décoloniaux, L’Harmattan, 2018, 280 p., 29 euros




