Incroyable, cette Une de Libération (29/01), et ce long article, où l’on se demande si le plaisir et la gauche peuvent s’accorder ! Autant dire que ce que l’on appelle la gauche aujourd’hui n’a aucun souvenir de ce que fut le mouvement ouvrier, autrement dit, son cœur historique.
La CGT de 1905 exigeait la limitation de la journée de travail à 8 heures, pour que le temps de loisir soit également de 8 heures. Paul Lafargue publia alors un ouvrage fondamental, Le droit à la paresse, répondant aux accusations des bourgeois, qui traitaient les ouvriers de fainéants quand ils se mettaient en grève pour les 8 heures.
La paresse, c’est à dire le temps de la jouissance, revendiquée comme un droit fondamental des travailleurs.
Toute l’histoire du mouvement républicain, puis du mouvement ouvrier est ponctuée de fêtes, des bals du 14 juillet aux grèves du Front Populaire, menées au son de l’accordéon.
En France, la gauche républicaine s’est affirmée dans la lutte contre la morale cléricale, et nous voici avec les débris d’une gauche paralysée par la peur du péché.
Le bon vin ? Un péché d’exclusion de ceux qui s’en privent pour des raisons religieuses !
La viande ? Un péché contre les pauvres bêtes !
L’amour, ah, l’amour, s’il s’agit d’un homme et d’une femme, on se demandera s’il ne s’agit pas d’un rapport de domination, comme si les amours homosexuelles en étaient exemptes…
Mais cette gauche en vient à défendre les oripeaux imposés aux femmes par les religions, nos féministes qui traquent la soumission dans les représentations soutiennent, comme s’il s’agissait d’un droit, la soumission par l’islam.
Nous avons les curés de la nature, ceux de la différence, et ceux de la compassion, qui jugent immoral de jouir de la vie, et des plaisirs auxquels « les pauvres » n’ont pas accès.
C’est que cette gauche parle des « pauvres », en utilisant un langage de curetons, qui ne connaît ni les travailleurs ni le peuple. Jusqu’à culpabiliser le plaisir !
Les grandes victoires des travailleurs et du peuple furent toujours des explosions de plaisir.
Les prolos de 1936, avaient arraché deux jours de repos consécutifs par semaine, et deux semaines de congé payé par an, autrement dit, le droit de faire la fête.
Les réacs, aujourd’hui encore vous parlent avec mépris de ce droit au loisir !
En 1936, l’ouvrier de 40 ans avait été un conscrit de la classe 16, appelé en 1915, à 19 ans. Avec un peu de veine, quand il s’en était sorti sans invalidité, il avait eu le droit de retourner à l’usine après trois ans de tranchées. Non, il ne se posait pas de question sur le droit au plaisir, conquis en 36, il ne s’inquiétait pas du bilan carbone des trains de congés payés. Il fabriquait des bagnoles et rêvait de les conduire, quand il devait se contenter de la bicyclette.
Et ils ont été heureux, les prolos des années 50/60, quand ils ont pu larguer le vélo pour la bagnole.
Les curetons nous dictent un comportement. Priorité au biclou, la bagnole, quelle horreur.
On comprend que la gauche se soit coupée du peuple, quand elle en est à se demander si tel ou tel plaisir est politiquement correct. Prendre sa caisse, pour aller manger de la viande, boire un coup, guincher, s’aimer, c’est problématique, il faut des pages de Libé pour se demander si tout ça n’est pas de droite.
C’est que l’on appelle gauche des états-majors, composés d’admirateurs des dictatures exotiques, regardant avec compassion la religion imposée aux pauvres par les princes du pétrole, ce qui ne les empêche pas de se faire écolos diététiques, pisses-vinaigre bio, et prêcheurs pour nous inviter à renoncer au péché pour sauver la planète.
J’ai du rêver, j’ai connu une gauche qui s’exprimait par des fêtes populaires et même des banquets, qui se battait pour le droit au plaisir pour toutes et tous, et jetait par dessus bord les interdits de toutes les églises. Celle d’aujourd’hui sent la sacristie.